Jusqu’à maintenant (avant le 12 mars 2011), il est frappant de constater en Rhône Alpes comme en France, que nous ne savons pas encore réellement intégrer dans nos scénarii, les contraintes majeures d’un monde aux ressources limitées (matières premières, biosphère et énergies) et pour une part en cours d’épuisement. Pourtant c’est dans les années 1920, qu’André Gide lançait cette phrase prophétique « le temps du monde fini….commence ! ». En cause, la mondialisation des échanges, l’hyperconsommation comme moteur majeur de la croissance et la poursuite d’un mode d’organisation où il était normal que de grandes compagnies internationales imposent leurs projets et leur vision (mode d’extraction, d’exploitation de diffusion mondiale ou d’exportation). Or des oppositions de mieux en mieux organisées dans les pays émergents commencent à contre carrer les projets et les planning de divers grandes entreprises à capitaux occidentaux. Par ailleurs, la prise de conscience des limites atteintes pour certaines réserves de matières premières et la nécessité de tenter de maitriser le changement climatique, sont autant de facteurs majeurs qui vont marquer les marchés donc les emplois et le travail dans les entreprises d’ici 2020.

Quels changements ?

Les évolutions seront plus longues dans les grands groupes que dans les PME visionnaires ou réactives. Parmi les réponses possibles des entreprises, on peut plus facilement évoquer des type de fabrication ou de services innovants, (donc des emplois ou des postes nouveaux) qui sont bien plus aisés à prévoir que des organisations concrètes du travail ou du capital. Dans ce dernier domaine, le binôme capital /travail sera sans doute largement ébranlé par la mutation financière en cours, sans qu’on puisse prévoir ou chiffrer des tendances !

Axes d’évolution :

– Métiers nouveaux de service de consigne ou logistique retour

– Conception de produit C to C (cradle to cradle) (du BE de conception ou de design à la re-transformation rapide et simple du produit en fin de 1ere vie). On est là bien au-delà du simple recyclage qui est surtout en Europe du sous- cyclage

– Création de postes (ou externalisation via de nouveaux prestataires) pour la gestion des retours de produit en fin de vie,

– Ateliers ou chaine de déconstruction totale ou partielle, en vue d’une 2ème vie en l’état ou comme matière première

– Préparation de matières premières secondaires à partir de collecte/recyclage/ conditionnement

– Evolution rapide et forte de certains métiers du bâtiment vers la rénovation thermique performante et certifiable. Cette adaptation qui a déjà commencé a un très fort potentiel de création d’emploi : le bâtiment neuf par de grandes entreprises emploie 8 à 9 personnes par million d’€ investit , la rénovation 13 emplois/ M€, alors que l’industrie automobile n’en crée que 1,8 par million d’€

– Dans chaque entreprise, fort développement de compétences (voir de services dédiés) d’économe de flux, énergies et fluides : emplois en nombre croissant.

– Mise en place dans tous les lieux de travail, de procédures de contrôle de la consommation énergétique.

Si on introduit l’hypothèse d’une taxe carbone européenne ou mondiale, on devrait alors voir s’accélérer les évolutions suivantes en termes de type d’emplois, plus directs et aisés à prévoir que les hypothèses très ouvertes sur les conditions de travail :

– Fonction de conseil en réduction de CO2

– Affichage sur les produits ou service de leur consommation carbone globale qui entrainera une baisse d’une partie non indispensable des produits jetables (renforcé par ailleurs par une hausse, déjà en cours des polymères issus des hydrocarbures)

– Collecte spécifiques de matières premiéres secondaire ou de base énergétique (type huile de friture ou certains solvants)

– Logistique de proximité liée à la relocalisation industrielle.

Ces notes, rédigées avant le choc nucléaire japonais sont encore bien plus d’actualité en avril 2011 et quel sera le multiplicateur en 2020 ??

Philippe VACHETTE